A vous de juger...

A vous de juger...

.............. Il était une fois un jeune garçon nommé Romain qui venait d'entrer dans l'âge où l'on prend conscience que la Vie s'avère difficile, compliquée et remplie de doutes. A cet âge, on se rend compte de la vraie personnalité de ceux qui nous entourent, l'âge aussi où la douleur et la peine prennent une place majeure dans le c½ur. Ce garçon était calme, réfléchi et solitaire ; il pouvait passer de longues heures sur son banc (comme il aimait l'appeler) qui faisait face à une petite étendue d'eau, à lire des poèmes et romans.

.............. Sa passion pour la lecture et l'écriture avait fini par l'éloigner des jeunes de son âge qui avaient d'autres préoccupations que la Vie et l'avenir qu'elle leur prépare. Cependant malgré sa maturité son âge ne lui permettait pas d'accéder au monde des adultes ; il restait dans sa solitude entre ces deux mondes qui le rejetaient...

.............. Un jour, occupé à la rédaction d'un poème, Romain sentit une ombre derrière lui, il se retourna brusquement et vit un homme qui semblait lire au dessus de son épaule. L'homme, embarrassé, lui expliqua en bafouillant que depuis qu'il se promenait au bord de cet étang, les écrits et lectures de Romain l'intriguaient. Il n'avait jamais osé le déranger alors il s'était mis à lire discrètement au dessus de son épaule et se rendit compte qu'ils partageaient la même passion. Il se présenta tout en s'excusant de sa curiosité ; il se nommait Manuelo, avait à peine passé le quart de siècle et était passionné par les arts.

.............. Au fil de leurs rencontres ils s'apprivoisèrent, se comprennent, échangèrent leur point de vue. Manuelo avait réussi à faire oublier à Romain la douleur d'être né. Toutefois ils devaient garder leur relation secrète car leur différence d'âge rendait leur relation malsaine aux yeux des habitants du village.

.............. Un soir une connaissance de Manuelo se rendit au lieu habituel de leur rencontre afin de découvrir leur secret, certes il ne consistait qu'en de longues conversations et quelques écrits changés mais cela suffisait à la rendre jalouse de la relation que Romain et Manuelo entretenaient. Elle rencontra l'un puis l'autre en leur faisant part d'infamies que l'un aurait dit sur l'autre et au fil des jours, des mensonges, prétextant de nombreuses futilités afin d'empêcher leurs rencontres, elle réussit à semer le trouble entre Romain et Manuelo. Ce dernier, blessé, abandonna le village.

.............. Malgré les mois passés à tenter d'oublier leur amitié qui était peut-être trop parfaite pour durer, Romain sombrait dans sa détresse, dans sa douleur et dans sa peine. Il s'était renfermé sur lui-même et était à nouveau obsédé par sa souffrance de vivre. Il avait tout essayé pour s'en sortir : la haine, le pardon, la compassion envers Manuelo. Une seule issue s'offrait à lui : la fuite. Sa souffrance étant devenue insurmontable, il décida de se donner la mort et laissa un message à Manuelo s'il revenait ; un poème qu'ils avaient écrit ensemble :


Des larmes coulent, des fleurs qui vont faner
Les pleurs de ceux qui t'ont aimé
Une plaque de marbre avec ton nom gravé
Dans la pierre pour quelques années


Une vie que tu n'auras pas eu le courage de vivre
De ta présence tes proches tu les prive
La vie est sans doute dure
Et longues seront à se refermer les blessures

De ceux qui t'aiment ; en ayant sacrifié ton existence
Elles ne se refermeront sans doute jamais
Tu ne voyais pas leur présence
Mais ils existaient, il y en avait qui t'aimaient


Il y en avait qui t'aimaient et t'auraient aidé
Si seulement tu avais eu la force de demander
Dans quelques mois tu n'y aurais plus pensé
Toutes tes souffrances d'aujourd'hui ce serait le passé

Tu aurais été heureux, tu aurais trouvé
Ce pourquoi tu es né
Cela maintenant tu ne le sauras jamais
Et tes proches baignent dans la douleur et la culpabilité désormais


A tous ceux qui pensent à se suicider
Il y a toujours quelqu'un pour vous aider
Pensez que dans quelques années
Tout cela se résumera au passé...




.............. A ce poème il ajouta ces quelques mots : « Tu es ce quelqu'un, sans toi je ne suis rien ».

.............. Quelque temps plus tard Manuelo arriva au village avec une lettre pour Romain ; se rendant compte de la disparition de son ami ; il dépose la lettre sur sa tombe et partit errant dans son désespoir. Dans cette lettre on pouvait voir écrit le même poème accompagné d'une autre phrase : « Pardonne-moi, laisse moi être ce ''quelqu'un'' pour toi ».

« On sait toujours ce et ceux que l'on quitte mais on ignore toujours
les conséquences que cela peut engendrer.»

# Posté le jeudi 15 février 2007 12:42

Modifié le lundi 24 mars 2008 16:24